Gilles LE CARDINAL
Comment se construit et se détruit la confiance en soi et en l’autre ?

Après 10 ans de conduite des procédés industriels, une expérience de bénévolat social est venue installer une question de recherche nouvelle, dérangeante mais devenue essentielle à mes yeux : « Comment se construit et se détruit la confiance en soi et en l’autre ? »

Mon expérience professionnelle de chercheur en conduites des systèmes techniques m’avait fait découvrir le lien entre la modélisation et le contrôle des procédés. Mais je n’avais à l’époque aucune compétence pour répondre à cette question dont l’importance s’imposait à moi.
J’ai donc commencé à lire les réponses proposées par les chercheurs en communication et en psychologie, en sociologie, en science de l’éducation… Dans son livre « Une logique de la communication », Paul Watzlawick, en deux pages, souligne le lien du célèbre « Dilemme du prisonnier » avec la confiance, mais sans en tirer toutes les conséquences. Je me suis donc engagé dans l’étude de la théorie des jeux, avec une attention particulière à ce fameux dilemme, que j’ai renommé dilemme de la coopération.

Cette théorie souligne que le paradoxe provient du fait qu’on gagne plus en trahissant qu’en coopérant.

La solution prudente et dominante est donc de ne pas coopérer. Nous avons pu montrer qu’une telle situation de dilemme pouvait se représenter à partir des trois notions suivantes : la peur d’être trahi, l’attrait de la coopération et la tentation de trahir.
Ces trois ressentis sont présents chez les deux acteurs, sans toutefois être identiques. Cette idée, issue de calculs très simples, nous a permis de décrire le dilemme non plus en terme des revenus chiffrés comme le fait la théorie des jeux, mais par l’expression des ressentis que sont les peurs, les attraits et les tentations des deux acteurs. Cela constitue un passage essentiel des mathématiques aux sciences de l’hommes, de l’objectivité à la subjectivité, dont nous n’avons pas vu tout de suite l’importance. Mais nous n’avons quitté les calculs qu’après avoir démontré aussi que, si les acteurs tenaient compte non seulement de leur intérêt mais aussi au moins partiellement de celui de l’autre, la situation devenait de moins en moins dangereuse et stabilisait la coopération ce qui est très difficile à obtenir sans ce couplage accepté. Nous avons pu démontrer rigoureusement que si on tenait compte autant du revenu de l’autre que du sien, la coopération devenait certaine sans crainte de trahison et qu’au contraire si on se couplait négativement, c’est à dire si on tenait le gain de l’autre comme une perte pour soi et sa perte comme un gain, la coopération devenait impossible. Un nouveau calcul nous a permis de démontrer rigoureusement que le couplage positif des revenus, même s’il n’est pas à 100%, faisait baisser les peurs et les tentations et augmentait les attraits assurant une meilleure stabilité de la coopération.
Quittant le domaine du calcul, nous avons interprété le coefficient de couplage des revenus comme le degré de confiance qu’un acteur fait à l’autre, confiance qui stabilise la coopération. Nous avons alors fait l’hypothèse audacieuse suivante : « Si nous connaissons les peurs des acteurs, leurs attraits à la coopération et leurs tentations, nous pourront stabiliser la coopération et donc construire la confiance, en cherchant les moyens de faire baisser leurs peurs et leurs tentations identifiées et de conforter leurs attraits ».

Le principe de la dynamique de la confiance était maintenant à notre portée avec la possibilité d’opérationnaliser sa construction en deux temps :

  • Faire un inventaire aussi complet que possible des Peurs, Attraits et Tentations des parties engagées dans des interactions fortes, un projet commun par exemple.
  • Chercher les moyens de faire baisser les peurs et les tentations et de satisfaire les attraits identifiés, moyens que nous avons appelés les « préconisations » issues de la démarche.

Le cœur de la « PAT-Miroir© Attitude » était trouvé. Il ne restait plus qu’à tester cette démarche et à l’opérationnaliser. Nous en sommes à plus de 600 applications dans les entreprises, les administrations et les associations avec un taux d’échec incroyablement faible (4 sur 600).

De nombreuses petites améliorations ont facilité l’application de ces deux principes :

  • Evaluation de l’importance des PAT par les participants après les avoir exprimés dans des ateliers de de créativité, ce qui permet d’obtenir un classement général qui les hiérarchise.
  • Regroupement des PAT en thèmes et sous-thèmes incontournables, constituant un véritable « tableau de bord » de la situation.
  • Regroupement des préconisations en axe et sous axes d’actions pour constituer un véritable programme d’action.

Enfin, cerise sur le gâteau, des histogrammes représentant les points obtenus par les Peurs, les Attraits et les Tentations permettent, avant et après la démarche, de poser un diagnostic sur la situation, justifiant ou non de la pertinence des préconisations. Un logiciel, en amélioration continue depuis 20 ans, a permis de gérer les multiples données ainsi générées et de présenter aux participants, en temps réel, les résultats de la démarche de façon de plus en plus probantes. C’est pour maitriser ce logiciel professionnel assurant l’édition d’un rapport complet et assimiler les concepts qui fondent la « PAT-Miroir© Attitude » que nous organisons régulièrement des formations aux trois outils qui en sont issus : la méthode PAT-Miroir© pour les situations complexes comportant entre 2 et 6 points de vue et débouchant sur plusieurs centaines de préconisations (durée : trois à cinq jours de travail en groupe), Diapason©, un jeu sérieux qui ne prend en compte que deux points de vue et produit une vingtaine de recommandations (durée : entre une demi-journée à une journée) et Diapason© Express qui ne prend en compte qu’un seul point de vue et aboutit à une dizaine de propositions (durée : une heure).

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